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Critique Carrie : Mike Flanagan se demandait “pourquoi ?”… Nous aussi

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Le créateur de The Haunting of Hill House s’attaque au mythe de Carrie pour le transporter à l’ère des réseaux sociaux et des théories du complot. Mike Flanagan trouve de nouvelles choses à raconter, mais à trop vouloir élargir l’histoire de Stephen King, finit-il par en diminuer l’impact ?

Pourquoi ? C’est la question qui revient à chaque nouvelle adaptation d’un récit déjà porté maintes fois à l’écran. Mike Flanagan a bien conscience d’arriver après de nombreux autres réalisateurs. Cette question est d’ailleurs au cœur d’une note d’intention envoyée à la presse.

Pourquoi raconter à nouveau l’histoire d’une adolescente dotée de pouvoirs extraordinaires et maltraitée par ses pairs ? Que peut-on encore dire sur le harcèlement à l’école quand ce sujet est au cœur de nombreux films et séries adolescents ? Sa réponse : “La violence scolaire s’est normalisée à un point que Stephen King n’aurait jamais pu imaginer”. L’émergence des réseaux sociaux peut-elle à elle seule justifier que l’on consacre huit heures à la tragédie de Chamberlain ?

Harcèlement 2.0

Comment ne pas enfoncer des portes ouvertes quand on explore la dangerosité des réseaux sociaux ? Au même moment, The Social Reckoning porte l’affaire des “Facebook Files” à l’écran, des documentaires comme Derrière nos écrans de fumée nous invitent à poser nos smartphones. Pourtant, Flanagan réussit à apporter de la nuance à l’histoire de Stephen King. Sa réinvention ne se limite pas à ajouter un contexte moderne à cette histoire qui s’inscrivait dans les années 70 : elle interroge tout un système.

Évidemment, le harcèlement scolaire et ses évolutions sont explorés. Il ne s’arrête pas une fois passées les portes du lycée, il prend une ampleur inédite à l’heure de la viralité. Chris ne se contente plus de malmener Carrie entre deux cours, elle crée un compte Instagram qui devient rapidement un défouloir pour tous les lycéens. L’adolescente marginale n’est d’ailleurs pas la seule cible de ce compte, tout le monde y passe.

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© Prime Video

Mais finalement, ce nouveau cadre temporel et cet avènement des réseaux sociaux ne représentent qu’une infime partie de l’histoire racontée par Flanagan. On dira même que l’arrivée de TikTok et Instagram dans l’équation, pourtant à l’épicentre de la promotion et des discussions avec Flanagan, n’est qu’accessoire.

Oui, les institutions sont dépassées quand il s’agit de sanctionner et trouver les coupables. Mais c’est surtout une manière de montrer à quel point les adultes sont désarmés lorsqu’il s’agit de leurs enfants ou de leurs élèves. Flanagan se nourrit de sa propre peur, celle d’un père qui doit laisser ses enfants se confronter à un monde radicalement différent de celui qu’il a connu et c’est là qu’il trouve la force évocatrice de ses images.

Repenser le mythe

Au-delà de ce vernis moderne, Mike Flanagan réinvente surtout le mythe pour en changer la portée. Les réseaux sociaux lui offrent surtout l’opportunité d’élargir son scope, de ne plus en faire un fait divers qui défraye la chronique une fois la catastrophe passée.

Le harcèlement perpétré par Chris devient une affaire nationale. Le personnage de Margaret White est celui qui incarne le mieux cette mutation du récit. Elle n’est plus seulement une mère pieuse et abusive : elle devient une figure médiatique qui met le système scolaire face à ses difficultés à protéger les élèves. Elle n’est plus seulement le monstre de l’histoire, mais aussi le produit d’un système et une mère dépassée par une situation qui lui échappe.

C Arrie Prime Video
© Prime Video

Face à elle, un corps professoral plus démuni que jamais. Les personnages incarnés par Amber Midthunder et Matthew Lilliard ne ferment pas les yeux sur la maltraitance de notre héroïne, ils sont pris en étau entre les parents et les élèves. L’horreur n’est ainsi plus dans le seau de sang de porc, mais dans l’incapacité du système à empêcher l’escalade de la violence.

Mais voilà, on ne peut pas s’empêcher de se demander pourquoi Mike Flanagan n’a pas été au bout de son idée, pourquoi il écarte aussi radicalement toutes les descriptions physiques de Carrie chez King. Comme si le fait de répondre aux critères de beauté acceptés socialement rendait son harcèlement plus cruel ? Hollywood continue de mettre en scène une beauté conventionnelle, et, forcément, tout le propos se dilue. Involontairement, Mike Flanagan valide l’idée selon laquelle certaines victimes de harcèlement le méritaient plus que d’autres.

C Arrie Prime Video
© Prime Video

Le cinéaste corrige tout de même les défauts de ses ainés, en particulier le film de De Palma et son ouverture qui sexualise à outrance l’adolescente. Ici, Carrie devient un personnage à part entière. Pas le sujet d’une enquête comme chez King ou une bête curieuse chez De Palma.

Pourquoi en faire une série ?

Mike Flanagan veut embrasser les thématiques, les motifs et les personnages pour raconter sa propre histoire. Mais à trop vouloir élargir son horizon, il sacrifie l’impact et le rythme de son récit. Ce qu’il gagne en nuance avec ses huit heures pour la saison 1, il le perd en puissance. Le bal n’est presque plus le point culminant, il devient une étape vers une autre histoire.

Et c’est peut-être là que le fantastique perd le plus de son impact. Dans le roman de King comme dans le film de De Palma, les pouvoirs de Carrie sont indissociables de sa trajectoire tragique : ils sont à la fois une extension de sa colère et le moteur de sa vengeance. Chez Flanagan, ils semblent parfois davantage servir son parcours qu’en être l’aboutissement. À force de vouloir comprendre son héroïne avant de la voir basculer, la série repousse la dimension fantastique au second plan.

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© Prime Video

Il faut même avouer qu’on reste carrément sur notre faim. La séquence du bal ne déçoit pas, mais les autres scènes manquent cruellement d’impact. La faute à une réalisation parfois trop sage pour son propre bien. Dans The Haunting of Hill House, il avait lâché les chevaux avec un épisode en plan séquence d’une intensité rare sur le petit écran.

Ces petits morceaux d’épouvante sont trop peu présents ici. On voulait avoir peur mais la série réfléchit trop ses effets. On ne peut pas s’empêcher de se dire que Mike Flanagan s’en serait beaucoup mieux sorti avec un long-métrage de deux heures. Son Life of Chuck brillait justement par son esprit de synthèse, par sa manière de résumer la vie avec un grand V en 1h51.

Si Mike Flanagan nous a convaincus de la nécessité de refaire Carrie en 2026, on a bien du mal à justifier le fait d’y passer autant de temps. Un sentiment qui se confirme avec le grand final, quand le scénario fait le choix d’élargir son histoire au lieu de lui offrir une conclusion radicale et définitive. Au bout du compte, on comprend surtout pourquoi Carrie, sans être la pire des séries de Mike Flanagan, est sans aucun doute l’une des moins bonnes.

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